WEBINAIRE #35 : Prendre soin de l’existant : concilier très haute performance énergétique et bâti ancien

Introduction : pourquoi prendre soin du bâti ancien ?

Cloé Simon développe une approche où performance énergétique, respect du patrimoine et qualité architecturale avancent ensemble. À travers son expérience, elle démontre que le bâti ancien constitue non seulement un formidable terrain pour la rénovation performante, mais aussi une opportunité écologique, culturelle et esthétique.

 

  1. La rénovation performante : un enjeu d’avenir

Casser les idées reçues sur le Passif

On entend souvent de nombreux a priori sur le Passif : « un bâtiment passif ne respire pas », « on ne peut pas ouvrir les fenêtres », « ça surchauffe l’été », etc. Autant de mythes que l’architecte démonte clairement :

  • un bâtiment passif respire s’il est bien conçu ;
  • on peut ouvrir les fenêtres quand on veut ;
  • le confort d’été est maîtrisé grâce à la conception bioclimatique et aux protections solaires.

 

Pourquoi rénover plutôt que reconstruire ?

Cloé rappelle que la rénovation est, par essence, écologique :

  • moins de matière : on utilise les structures existantes, les réseaux, les voiries, les réseaux d’eau/électricité déjà installés ;
  • réemploi facilité des matériaux sur place (bois, pierres, éléments de structure, etc.) pour des aménagements ou du mobilier ;
  • préservation du patrimoine : chaque région possède un vocabulaire architectural propre qu’il est précieux de conserver ;
  • valeur des matériaux anciens ;
  • préservation des savoir-faire traditionnels (charpente, enduits, maçonnerie) ;
  • attachement émotionnel à un bien familial ;
  • localisations rares : rénover permet d’habiter dans des zones déjà bâties, souvent très prisées.

 

→ Pour toutes ces raisons, la rénovation performante est un choix logique et durable.

 

Zoom : le label EnerPHit

Il reprend les exigences du standard Passivhaus, avec deux assouplissements :

  • besoin de chauffage assoupli, différent selon la zone géographique du projet. Dans le Nord, où exerce Cloé, on est en zone « Tempérée frais » : le besoin de chauffage fixé par le PHI y est de 25 kWh/m²/an (au lieu de 15 kWh/m²/an) ;
  • étanchéité à l’air : 1 vol/h (au lieu de 0,6 vol/h).

 

  1. Les atouts et défis du bâti ancien

Atouts structurels

Selon Cloé, notre patrimoine bâti fait se distingue par le bon sens de nos anciens, si bien que les vieilles bâtisses possèdent souvent de bonnes bases pour réaliser une rénovation performante voire labellisable EnerPHit :

  • des volumes efficaces et compacts
  • conçus selon des principes bioclimatiques (ouvertures au sud, compacité, peu d’ouvertures au nord) ;
  • des éléments protecteurs (débord de toit, végétation, annexes) ;
  • des murs épais avec beaucoup d’inertie ;
  • des proportions intérieures bien pensées et modulables ;
  • des annexes placées au nord, idéales pour abriter la technique ou servir de stockage.

En + : des travaux de rénovations (impliquant de conserver tout ou partie du bâtiment) peuvent donner droit à une TVA réduite (10 % ou 5,5 % selon les cas).

 

→ Tout cela en fait d’excellents candidats au passif.

 

Défis courants de la rénovation performante

Malgré de tels atouts, les bâtiments anciens peuvent également s’accompagner de défis spécifiques à surmonter, notamment dans le cas d’un projet ambitieux de rénovation énergétique :

  • nécessité de réaliser des études structurelles poussées (→ coûts d’ingénierie) ;
  • des reprises structurelles parfois importantes et donc assez coûteuses ;
  • des ponts thermiques à chaque jonction devant nécessairement être traités ;
  • le retrait potentiel de matériaux dangereux (plomb, amiante) ;
  • la perte de mètres carrés dans le cas d’une isolation par l’intérieur ;
  • des difficultés d’insertion des nouveaux réseaux, notamment pour la VMC double flux en faible hauteur sous plafond.

 

Néanmoins, des solutions, bien souvent apportées par l’architecte, existent : jeux de volumes, doubles hauteurs, percées ponctuelles…

 

Défis spécifiques pierre / terre / bois

En plus de ces défis communs à la plupart des vieilles bâtisses, l’architecte Cloé Simon identifie des points de vigilance spécifiques aux bâtiments existants construits en pierre, terre et bois :

  • des ouvertures souvent trop petites au sud, qui nécessitent d’être élargies pour optimiser les apports solaires ;
  • des traitements parasitaires (champignons, insectes) à réaliser le cas échant ;
  • des infiltrations d’eau (toiture abîmée, tête de murs en pierres abîmées, etc.) ;
  • des problèmes hygrométriques : remontées capillaires, enduits ciments bloquants, etc.

 

 

Zoom technique : condensation en ITI sur mur épais

Attention : mettre beaucoup d’isolant en ITI peut créer un risque de condensation dans l’isolant :il faut donc ajuster l’épaisseur pour conserver un bon équilibre entre performance et hygrothermie.

Pas de solution universelle : c’est du cas par cas, selon le mur, le climat, l’usage, etc.

 

Les matériaux biosourcés : de vrais alliés

Pour Cloé, l’intérêt de ces matériaux dépasses les considérations écologiques. Et pour cause, ils sont perspirants : c’est-à-dire qu’ils laissent naturellement la vapeur d’eau intérieure migrer vers l’extérieur.

 

En plus de ces qualités, l’architecte est revenue sur quelques caractéristiques spécifiques bienvenues de certains matériaux biosourcés :

  • le liège est hydrofuge, idéal pour isoler des pieds de murs ou servir de revêtement dans une salle de bains ;
  • la ouate de cellulose a un excellent déphasage (idéal pour le confort d’été) ;
  • la laine de coton apporte un bon confort acoustique ;
  • Les blocs de paille, chaux/chanvre ont des propriétés isolantes et structurelles à la fois ;
  • les sols comme le travertin ou la tomette sont perspirants et solides ;
  • les enduits chaux/terre ou chaux/pouzzolane régulent l’hygrométrie et améliorent l’étanchéité à l’air ;
  • le tadelakt, complètement hydrofuge, convient aux salles de bains.

 

  1. L’approche patrimoniale : la technique guidée par l’architecture

Selon, l’une des premières questions à se poser dans le cadre de la rénovation d’un bâtiment ancien est la suivante : isolation par l’intérieur (ITI) ou isolation par l’extérieur (ITE) ?

Chaque option implique de révéler ou de cacher différentes couches du bâtiment.

On procède à ce choix notamment en identifiant :

  • ce qu’il faut préserver ou révéler ;
  • ce qui doit être réparé ou protégé ;
  • l’équilibre entre performance, confort et esthétique.

 

Études de cas

Afin de nous aider à comprendre les enjeux de ces deux modes d’isolation, Cloé Simon est revenue sur deux exemples de projets correspondants.

 

Cas 1 – Une rénovation avec ITE en Ille-et-Vilaine

La maison, prise en limite de parcelle sur deux côtés, n’aurait permis de révéler la pierre que sur deux façades seulement. Le choix a donc été fait de mettre en valeur la pierre à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur.

 

Avant travaux, le constat était assez lourd :

  • enduit ciment généralisé masquant totalement les matériaux d’origine, dehors comme dedans ;
  • espaces très cloisonnés, rendant la petite surface difficile à vivre et peu fonctionnelle ;
  • combles non exploitées, potentiel perdu ;
  • bâtiment non isolé, non ventilé, non étanche à l’air, donnant une sensation d’étouffement liée au ciment.

 

Pourtant, le bâtiment présentait des atouts précieux :

  • quatre murs en pierre structurellement intéressants ;
  • un plancher en chêne de qualité ;
  • une charpente traditionnelle en chêne, avec deux fermes anciennes ;
  • une compacité efficace pour la performance énergétique ;
  • une double orientation sud et ouest, offrant un excellent potentiel solaire.

 

L’intervention :

  • curage complet : retrait de tous les enduits ciment intérieurs et extérieurs, suppression des cloisons non porteuses, désamiantage;
  • renforcement structurel : consolidation du plancher et de la charpente, déplacement de la trémie d’escalier pour optimiser l’agencement et les surfaces ;
  • traitement hygro-régulateur des murs :
    • pieds de murs traités en chaux–pouzzolane–terre ;
    • enduit chaux–terre sur les parties hautes des murs non destinés à rester apparents ;
  • amélioration de l’étanchéité à l’air :
    • réalisation du plus grand mur en joints à pierres vues pour une meilleure étanchéité ;
    • mise en œuvre d’une membrane d’étanchéité à l’air ou d’enduits chaux–terre selon les zones ;
  • isolation extérieure: ITE en laine de bois + bardage bois ajouré, finition huile de lin noire ;
  • menuiseries performantes : pose de triple vitrage bois–alu ;
  • réseaux entièrement refaits : plomberie, électricité, ventilation double flux ;
  • finitions saines (peintures sans COV) ;
  • isolation du sol + mise en œuvre d’un parquet massif ou d’un revêtement en liège dans la salle de bains ;
  • mise en valeur du patrimoine : fermes en chêne sablées et laissées visibles, notamment dans la trémie de l’escalier et à l’étage ;
  • confort et chauffage : installation d’un poêle à bûches dans l’espace de vie.

 

  • Le projet livré cherche un équilibre subtil entre contemporain et ancien : à l’extérieur, un monochrome noir résolument contemporain habille la maison tout en préservant sa silhouette d’origine, les proportions des menuiseries et le chien-assis. À l’intérieur, l’ambiance reste épurée et chaleureuse ; chaque pièce profite d’un mur en pierre ou en terre visible, renforçant la cohérence matérielle. Le chantier fait la part belle aux matériaux biosourcés et géosourcés, tandis que l’agencement a été entièrement repensé pour optimiser les 100 m², passant d’une seule chambre à trois, complétées par un grand espace de vie ouvert. Bien que le projet ne rentre pas dans les critères du label EnerPHit (ce n’était pas l’objectif), les performances énergétiques connaissent une transformation remarquable : la consommation de chauffage chute de 245 kWh/m²/an à seulement 37 kWh/m²/an.

 

Cas 2 – Une rénovation avec ITI dans la Manche (label EnerPHit atteint)

La maison, une grande longère en pierre et terre, est implantée plein sud et bénéficie d’un volume longitudinal caractéristique. Le choix architectural a été de préserver l’expression traditionnelle du bâtiment en conservant les façades extérieures en pierres apparentes. Cette volonté impose naturellement une isolation par l’intérieur, tout en engageant un important travail sur la structure et l’agencement.

 

Avant travaux, le constat révélait plusieurs limites :

  • fragilités structurelles nécessitant une reprise complète ;
  • présence de ciment à retirer par endroits ;
  • hauteur sous plafond faible, limitant la qualité d’usage ;
  • ouvertures insuffisantes au sud, nuisant aux apports solaires ;
  • combles non exploitées ;
  • toiture à reprendre intégralement.

 

Pourtant, la longère disposait d’atouts précieux :

  • de solides murs extérieurs en pierre ;
  • un mur de refend également en pierre ;
  • un plancher bois conservable ;
  • une charpente en bois présentant un fort potentiel ;
  • une vue dégagée au sud ;
  • une orientation optimale du bâtiment ;
  • une compacité favorable à la performance énergétique.

 

L’intervention (travaux en cours)

  • curage total : retrait des enduits ciment, suppression de toutes les cloisons non porteuses, permettant un réagencement complet ;
  • renforcement structurel : consolidation des éléments bois et déplacement de la trémie d’escalier afin d’optimiser les surfaces et les circulations ;
  • apports solaires optimisés : agrandissement des ouvertures au sud, création de grandes baies vitrées dans les espaces de vie ;
  • gain de volume : création d’un vide sur séjour grâce au percement du plancher, apportant ponctuellement une hauteur généreuse ;
  • traitement intérieur des murs extérieurs: enduit chaux/terre appliqué avant la mise en place de l’isolation ;
  • patrimoine mis en valeur : mur de refend en pierres laissé apparent et visible depuis le séjour, le salon et la cuisine ;
  • isolation par l’intérieur: ITI en laine de bois et laine de coton, étanchéité à l’air assurée par la membrane Majrex (Siga), isolation complète de la toiture ;
  • menuiseries : pose de triple vitrage bois–alu ;
  • réseaux : plomberie, électricité et ventilation entièrement refaits ;
  • planchers : isolation du sol, pose de parquet massif ou de liège (dans la salle de bains) ;
  • confort : installation d’un poêle à bûches et mise en place d’une cuve de récupération des eaux pluviales.

 

  • Le projet conçu respecte entièrement l’identité de la longère, en conservant ses façades traditionnelles en pierre tout en révélant, à l’intérieur, un mur en pierre apparente qui structure et enrichit les espaces de vie. L’opération fait la part belle aux matériaux biosourcés et géosourcés, dans une logique cohérente avec l’esprit du bâti ancien. L’agencement a été entièrement optimisé pour tirer parti des volumes, offrant désormais trois chambres, dont une suite parentale occupant tout le dernier niveau. Grâce aux nouvelles ouvertures et au travail sur les hauteurs, la maison bénéficie d’une luminosité comparable à celle d’un projet neuf. Sur le plan énergétique, les performances sont exemplaires : une consommation de chauffage limitée à 25 kWh/m²/an et le respect intégral des critères de la labellisation EnerPHit, avec une fréquence de surchauffe nulle — aucun jour au-delà de 25 °C sur l’année.

 

  1. Questions/réponses

 

Combien coûte un projet de rénovation à haute performance énergétique ?

Il n’existe pas de réponse unique, le budget dépend de nombreux paramètres : la région, la complexité du bâti, l’état de l’existant, les ambitions du maître d’ouvrage, ou encore la nature des interventions nécessaires. En Normandie, Cloé observe toutefois un ordre de grandeur récurrent autour de 3 500 € HT/m², un niveau comparable à celui d’une construction neuve performante. À noter que les éventuels surcoûts propres à la rénovation sont en partie compensés : la structure et certains réseaux peuvent être réemployés, et les performances obtenues permettent de réaliser des économies de chauffage significatives sur la durée.

 

Est-il possible de mixer ITI et ITE ?

Techniquement, la combinaison d’une isolation par l’intérieur et d’une isolation par l’extérieur est envisageable. Toutefois, elle complexifie fortement le projet : les jonctions deviennent plus délicates à traiter, le nombre de ponts thermiques augmente et les coûts s’élèvent en conséquence.

 

Quels conseils lorsque le projet se situe en secteur ABF ?

Il est essentiel de considérer l’Architecte des Bâtiments de France non comme un frein, mais comme un partenaire partageant un objectif commun : préserver la qualité et l’esprit du patrimoine bâti. Le dialogue est d’autant plus fluide que l’on tient compte de la logique de l’ABF, c’est-à-dire l’attention portée aux lignes, matériaux, rythmes, proportions et cohérence d’ensemble. L’appui d’un architecte habitué à travailler sur ces secteurs constitue un véritable atout pour construire un projet harmonieux et accepté.

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Le label "BaSE", Bâtiment sobre en énergie

Construire passif, la garantie d'un bâti de qualité.

Concevoir et construire un bâtiment passif est un objectif ambitieux. Voilà pourquoi la certification Bâtiment Passif a évolué pour inclure le label BaSE (Bâtiment Sobre en Énergie).

Valoriser l'utilisation des énergies renouvelables

Ce label a été pensé pour récompenser les efforts de toutes les équipes ayant collaboré au projet et pour saluer la performance énergétique du bâtiment certifié.
Il reprend les bases de la certification passive, mais assouplie :

  • Le besoin de chauffage doit être inférieur à 30 kWh d’énergie utile par m² de surface de référence énergétique et par an (contre 15, en Bâtiment Passif)
  • Une perméabilité à l’air de l’enveloppe mesurée sous 50 Pascals de différence de pression inférieure ou égale à 1 par heure (contre 0,6 en Bâtiment Passif)
  • Les autres critères restent identiques.

Le label "bâtiment passif premium"

La première maison passive Premium de France © Jean-Louis Bidart

À l’aube de la transition énergétique, la certification Bâtiment Passif a évolué pour accueillir deux nouvelles catégories, Plus et Premium, axées sur l’utilisation des énergies renouvelables. Elles valorisent les constructions ayant fait le choix d’être productrices d’énergie.

Valoriser l'utilisation des énergies renouvelables

La catégorie « Bâtiment Passif Premium» est la plus exigeante de toutes : elle récompense les bâtiments générant au moins 120 kWh/(m²a) d’énergie par rapport à l’emprise au sol du bâtiment.

Il devra également justifier du respect des 4 critères de base du passif :

  • Un besoin de chauffage inférieur à 15 kWh d’énergie utile par m² de surface de référence énergétique et par an
  • Une consommation totale en énergie primaire (tous usages, électroménager inclus) inférieure à 120 kWh par m² de surface de référence énergétique par an
  • Une perméabilité à l’air de l’enveloppe mesurée sous 50 Pascals de différence de pression inférieure ou égale à 0,6 par heure
  • Une fréquence de surchauffe intérieure (> à 25°C) inférieure à 10 % des heures de l’année.

Le label "bâtiment passif plus"

La première maison passive Plus de France

À l’aube de la transition énergétique, la certification Bâtiment Passif a évolué pour accueillir deux nouvelles catégories, Plus et Premium, axées sur l’utilisation des énergies renouvelables. Elles valorisent les constructions ayant fait le choix d’être productrices d’énergie.

Valoriser l'utilisation des énergies renouvelables

Dans la catégorie « Bâtiment Passif Plus », le bâtiment devra générer au moins 60 kWh/(m²a) d’énergie par rapport à l’emprise au sol du bâtiment.

Il devra également justifier du respect des 4 critères de base du passif :

  • Un besoin de chauffage inférieur à 15 kWh d’énergie utile par m² de surface de référence énergétique et par an
  • Une consommation totale en énergie primaire (tous usages, électroménager inclus) inférieure à 120 kWh par m² de surface de référence énergétique par an
  • Une perméabilité à l’air de l’enveloppe mesurée sous 50 Pascals de différence de pression inférieure ou égale à 0,6 par heure
  • Une fréquence de surchauffe intérieure (> à 25°C) inférieure à 10 % des heures de l’année.