À Saint-Étienne, l'Atelier d'Architecture RIVAT et HELIASOL ont livré le bâtiment B4 bis sur le site Jules Vallès de l'établissement Saint-Michel Éducation : trois salles de classes et des sanitaires, construits en bois-paille selon les standards du bâtiment passif. Rencontre avec l'architecte Julien Rivat, qui revient sur les choix structurels et matériaux d'un projet pensé pour allier performance énergétique et faible empreinte carbone.
Dans quel contexte ce projet est-il né ?
Julien Rivat : Le bâtiment se trouve sur le site Jules Vallès de l’établissement d’enseignement Saint-Michel Éducation, à Saint-Étienne, avec qui nous collaborons depuis plus de 10 ans. L’établissement accueillant depuis quelques années plus d’élèves, la nécessité de construire de nouveaux bâtiments s’est imposée pour accueillir des bureaux, un gymnase et une salle ULIS d’une part ; des salles de classes avec sanitaires d’autre part. C’est ce second programme qu’abrite le bâtiment B4 bis.
« La paille ne subit aucune transformation entre la moisson et la mise en œuvre et en plus elle est réutilisable/compostable. »
Comment ont été déterminés les choix des matériaux, et notamment de la paille ?
J. R. : À l’atelier, nous estimons qu’il est nécessaire de construire passif et décarboné. Comme le programme était significatif, nous avons présenté les principes du Passif et de la construction paille à nos clients. Ils se sont laissé convaincre facilement. Notre parcelle était en pente, donc notre bâtiment serait semi-enterré. Comme nous veillons toujours à employer le bon matériau au bon endroit, nous avons réalisé le soutènement qui accueille les sanitaires en béton : c’est un matériau assez logique pour un soubassement, car il permet de notamment s’affranchir des gardes à l’eau. Le volume supérieur est quant à lui en bois-paille parce que la paille, c’est génial ! C’est une ressource qui a de multiples qualités : produite localement, elle offre un débouché à un sous-produit de l’agriculture. Elle ne subit aucune transformation entre la moisson et la mise en œuvre et en plus elle est réutilisable/compostable. Bref, la structure bois et l’isolation paille s’imposaient en complément du Passif pour avoir une excellente empreinte carbone.
« Si la paille résiste très bien au feu, elle est vulnérable à l’humidité. »
La mise en œuvre de la paille a-t-elle posé des difficultés sur ce chantier ?
J. R. : Nous utilisons des murs ossature bois avec un remplissage en bottes. Tout est préfabriqué en atelier, donc la mise en œuvre est facile et rapide, ce qui était d’autant plus appréciable sur ce projet construit en site occupé. En revanche, il est vrai que si la paille résiste très bien au feu, elle est vulnérable à l’humidité. Quand la météo est aléatoire, les MOB doivent être bien protégés.
Bien que la paille soit de plus en plus sollicitée pour ses nombreux atouts, son usage dans le bâtiment a longtemps suscité la méfiance…
Dans son adaptation du conte Les Trois Petits Cochons aujourd’hui connue de tous, Disney présente la paille comme une ressource facile et rapide à mettre en œuvre, mais peu pérenne ; un souffle du loup et le cochon Nouf-Nouf se retrouve sans toit sur la tête. Éculée, la fable a le mérite de recouper une réalité : la paille est un matériau victime de nombreux a priori. Elle résisterait mal dans le temps, serait vulnérable aux rongeurs et au feu. Pourtant, la paille a toujours été utilisée dans le bâtiment. Dans l’histoire moderne, c’est au Nebraska, avec l’apparition des botteleuses, que « les premières maisons et édifices publics construits en paille voient le jour », peut-on lire sur le site du Réseau français de la construction paille (RFCP). Si ces bottes sont alors utilisées sans structure bois porteuse, certains des bâtiments dans lesquelles elles ont été mises en œuvre fonctionnent toujours aujourd’hui. De notre côté de l’Atlantique, le premier projet contemporain en paille daterait de 1920. Mais il faudra attendre presque un siècle pour voir son usage décoller. « En France, la paille a connu un coup d’accélérateur en 2012 avec l’apparition des règles professionnelles, explique Julien Rivat. De plus, le RFCP a beaucoup lutté pour obtenir l’assurabilité des projets en paille, ce qui a été décisif. Aujourd’hui, elle est considérée comme un matériau de technicité courante, si on l’emploie tel que prévu dans les règles pros » ajoute l’architecte. De son côté, la filière paille poursuit sa structuration. Si la ressource est pour l’instant le plus souvent mise en œuvre en bottes, elle pourra bientôt être utilisée comme structure porteuse ou encore sous forme hachée et insufflée, comme de la ouate cellulose. D’autres types de pailles, de lavande ou de riz, sont également en développement. De quoi prédire un bel avenir à ce matériau qui est un formidable puits carbone remplissant les futurs seuils 2028 de la RE 2020 tout en se mariant parfaitement avec le Passif. Car, comme s’amuse à le dire l’ingénieur Franck Janin : « si vous avez peur du loup, construisez en pierre. Si vous avez peur du froid, construisez en paille ! »
FICHE TECHNIQUE (bâtiment rénové)
livraison 2017 – localisation Colmar, Haut-Rhin – label Bâtiment Passif Classique – surface de référence énergétique 3 552 m² – coût des travaux 1 060 euros HT/m² SRE (hors désamiantage, démolitions et VRD) – besoins de chauffage 15 kWh/(m²a) – puissance de chauffe 13 W/m² – fréquence de surchauffe 5,3 % – test d’infiltrométrie n50 = 0,54/h – consommation d’énergie primaire 103 kWh/(m²a) – rendement VMC double-flux 84 % – châssis triple vitrage Uw = 0,85 W/(m²K) – murs extérieurs isolation fibre de bois 240 mm, structure béton. U = 0,18 W/(m²K) – dalle isolation laine de roche 150 mm avec laine de verre en sous-face 90 mm, sur dalle béton. U = 0,182 W/(m²K) – toiture isolation polyuréthane 280 mm, structure béton. U = 0,081 W/(m²K)


