Au confort des mômes. À Charleville-Mézières, l’Atelier d’Architecture Delsinne et le bureau d’études thermiques Energelio signent le tout premier bâtiment passif des Ardennes : la crèche passive Simone Veil, équipement en ossature bois de 24 berceaux. Un projet porté par une commune engagée et qui satisfait pleinement ses occupants malgré un contexte urbain peu propice…
Un cadre à sanctuariser
De tous les usagers de nos bâtiments publics, les enfants en bas âge font partie des plus vulnérables. Leur environnement doit répondre aux plus hautes exigences : qualité de l’air intérieur, confort thermique en toute saison. Pas de surchauffe l’été, pas de parois froides contre lesquelles ramper ou coller son nez l’hiver. C’est pour toutes ces raisons – et parce que la maîtrise des consommations d’énergie est devenue une priorité –, que la mairie de Charleville-Mézières a choisi le Passif pour sa nouvelle crèche adaptée aux principes de « l’itinérance ludique ».
Un cahier des charges clair
Deux éléments singuliers distinguaient le cahier des charges communiqué par la municipalité : l’exigence du label Bâtiment Passif d’une part, et le souhait d’un établissement à itinérance ludique de l’autre. « Contrairement à une crèche classique avec des espaces séparés par classes d’âge, petits, moyens et grands sont tous ensemble. Ils créent leurs propres espaces de jeux et vont où bon leur semble », explique l’architecte Vincent Delsinne. La toiture végétalisée était quant à elle exigée par le PLU.
Une enveloppe très isolée
Les murs de la crèche sont en ossature bois, isolés de 36 centimètres d’ouate de cellulose, un matériau fabriqué à partir de journaux recyclés. À cela s’ajoutent 5 centimètres de fibres de bois côté intérieur, plus 6 centimètres à l’extérieur. Une quantité d’isolant significative nécessaire pour compenser les faibles apports solaires dont bénéficie le bâtiment.
Livrée début 2025, la crèche est construite sur une parcelle en angle de rue, dans un quartier où la demande de berceaux est importante. Mais cet ancien terrain vague, utilisé à l’époque comme parking, est loin du sanctuaire qu’il doit devenir. Vincent Delsinne, architecte lauréat du concours, se souvient : « il était vraiment très pollué. Il a fallu le décontaminer, remplacer la terre. Aussi, le sol n’était que du remblai sans consistance. Nous avons dû mettre en œuvre une cinquantaine de pieux pour supporter les fondations ainsi que les espaces extérieurs ». Des pieux qu’il a fallu isoler pour supprimer les ponts thermiques qui auraient autrement détérioré les performances de l’enveloppe. Autre difficulté, le manque d’ensoleillement, pourtant crucial en Passif. « L’environnement urbain est assez dense, ce qui crée des masques solaires. Le programme nécessitait de rester de plain-pied. On ne pouvait pas s’élever pour se dégager des ombrages. On a donc compensé en isolant beaucoup et en aménageant une ouverture dans le toit qui permet d’apporter de la lumière au cœur du bâtiment mais aussi d’aller chercher un peu plus d’apports solaires », explique Christophe Ghillebaert, ingénieur du bureau d’études thermiques Energelio.
Distribution bioclimatique
En Passif, les apports solaires sont cruciaux car ce sont eux, en plus des calories émises par les usagers, qui permettent principalement de chauffer le bâtiment. C’est pour cela que les projets passifs sont souvent très ouverts au sud, moins au nord. Ici, ces apports étaient réduits. C’est pourquoi les pièces techniques (cuisines, vestiaires, etc.) sont positionnées au nord, alors que les espaces d’accueil se trouvent au sud pour bénéficier des apports solaires et de la lumière du jour.
Du doute à l’adhésion
Grâce à une conception pointue et à un suivi de chantier rigoureux – notamment pour garantir l’étanchéité à l’air, essentielle au respect des critères du standard Passivhaus –, Vincent Delsinne et Energelio parviennent, malgré un contexte particulièrement contraint, à livrer le premier projet labellisé Bâtiment Passif des Ardennes. Construite majoritairement en bois, la crèche affiche des performances exemplaires avec un besoin de chauffage de 13 kWh/(m²a) et une consommation totale d’énergie primaire limitée à 113 kWh/(m²a). Des performances que les auxiliaires de puériculture ne manquent pas de ressentir et de relever : « auparavant, le personnel travaillait dans un bâtiment ancien et contraint. D’après les retours que nous avons eus, ils sont ravis de cette nouvelle crèche. Ils apprécient aussi le confort acoustique », témoigne l’architecte. Un bilan d’autant plus positif qu’au départ, la direction de l’établissement se montrait sceptique face au standard passif imposé par la mairie. « L’idée d’un bâtiment qui se chauffe presque tout seul les dépassait un peu. Mais dès le chantier, lorsque l’enveloppe a commencé à être isolée et que l’on ressentait déjà la différence de température avec l’extérieur, les choses ont évolué. La conviction arrive souvent grâce à l’expérience directe », souligne Vincent Delsinne.
Principe de compacité
La compacité est l’un des éléments-clés des projets passifs. Plus la surface de l’enveloppe, donc déperditive, est réduite, plus le projet sera facilement performant. Ici le programme imposait un bâtiment en rez-de-chaussée, très étalé. « Le plancher et la toiture sont les deux parois perdantes de l’enveloppe, estime le thermicien Christophe Ghillebaert. On se devait donc de bien les isoler. »
Low-tech
Pas de climatisation dans la crèche Simone Veil. Le confort d’été est assuré par les débords de toiture qui protègent le bâti des apports solaires l’été venu, quand le soleil monte haut. L’hiver, l’appoint de chauffage nécessaire est assuré par une PAC réversible et émis par un plancher chauffant/rafraîchissant. L’eau chaude est quant à elle produite par un ballon thermodynamique pour les besoins les plus importants, notamment la cuisine, complété par des ballons électriques installés directement aux points de puisage.
Reste alors la question du coût. Tout compte fait, la crèche Simone Veil représente un budget hors taxe de 3 millions d’euros, largement gonflé par l’état du terrain. L’opération a toutefois bénéficié de subventions couvrant 63% de l’enveloppe, réparties entre l’Union européenne, l’État, la Caisse d’allocations familiales des Ardennes et la région Grand Est. Un investissement d’avenir, dans un contexte énergétique qui renforce d’année en année l’intérêt du Passif…
Challenger les entreprises
Pas de label Passivhaus sans étanchéité à l’air irréprochable et, selon les régions, les entreprises qualifiées ne sont pas toujours nombreuses. Pour ce premier bâtiment passif des Ardennes, Vincent Delsinne a dû être « très exigeant sur les détails d’exécution », avec une présence hebdomadaire sur le chantier pour accompagner des compagnons rompus au BBC mais novices en Passif. Une rigueur payante, comme en témoignent les très bons résultats du test final d’étanchéité à l’air.
FICHE TECHNIQUE
livraison 2025 – localisation Charleville-Mézières, Ardennes – label Bâtiment Passif Classique – surface de référence énergétique 515,2 m² – coût des travaux 3 042 887 euros HT – besoins de chauffage 13 kWh/(m²a) – puissance de chauffe 10 W/m² – fréquence de surchauffe 0 % – test d’infiltrométrie n50 = 0,47/h – consommation d’énergie primaire 113 kWh/(m²a) – consommation d’énergie primaire renouvelable 55 kWh/(m²a) – rendement VMC double-flux 82 % – châssis triple vitrage Uw = 0,78 W/(m²K) – murs extérieurs plaque de plâtre (18 mm), fibre de bois (50 mm), lame d’air (32 mm), OSB (15 mm), ouate de cellulose dans mur ossature bois (360 mm), fibre de bois (60 mm), bardage. U = 0,092 W/(m²K) – dalle béton (350 mm), polystyrène expansé (400 mm). U = 0,092 W/(m²K) – toiture OSB (22 mm), pare-vapeur, laine de roche (100 mm), polyuréthane (240 mm), Fresco, étanchéité, végétalisation. U = 0,068 W/(m²K)


