On associe souvent la rénovation passive à un surcoût difficilement maîtrisable. À Savenay, non loin de Nantes, le projet mené par l’ingénieur Brice Guenego raconte une autre histoire : celle d’une rénovation globale, pensée dès le départ, où le coût se comprend à l’échelle du projet, et non à travers une simple addition de gestes.
Le contexte
Dynamique et éclectique, la cité des Ducs de Bretagne ne cesse d’attirer depuis les années 1990. D’après l’Insee, elle aurait gagné plus de 50 000 habitants entre 1999 et 2022. Aussi le prix des maisons y est-il relativement élevé, avoisinant les 4 200 euros du mètre carré. Comme pour nombre de ménages de leur âge, il était impossible pour Brice Guenego et sa compagne de trouver une maison correspondant à leurs critères dans ces conditions. C’est ainsi que le couple se retrouve à visiter une bâtisse de 145 mètres carrés SRE à Savenay, petite commune située à 25 minutes à l’ouest de Nantes en train. « C’est ce qu’on appelle dans le coin une maison nantaise, explique Brice, ingénieur physique du bâti et de l’enveloppe au sein du bureau d’études Wigwam. Ce sont des maisons où les espaces de vie se trouvaient historiquement à l’étage tandis que les rez-de-chaussée, qui accueillaient des fonctions techniques, comme des ateliers, sont très bas de plafond. » Une particularité qui avait jusqu’à présent rebuté la plupart des potentiels acquéreurs, découragés à l’idée de devoir décaisser le rez-de-chaussée sur une trentaine de centimètre s’ils souhaitaient y aménager des pièces à vivre. Mais Brice, lui, voit dans cette contrainte l’opportunité de se lancer dans une rénovation passive – un sujet qui piquait sa curiosité d’ingénieur depuis un moment déjà. « Orienté au sud et très compact, l’existant était un bon candidat au Passif. En réalité, le point sensible, c’était le terre-plein ; je ne crois pas qu’il aurait été possible d’atteindre le Passif sans l’isoler. À partir du moment où il était entendu qu’il fallait décaisser pour gagner en confort, cela signifiait qu’on pouvait isoler la dalle, donc viser le Passif », détaille Brice.
Le coût du Passif, pas si facile à estimer
On se demande souvent quel est le surcoût d’un projet passif par rapport à un projet « classique ». Les réflexions développées ici par Brice permettent déjà de toucher du doigt le fait que ce surcoût est loin d’être évident à chiffrer. Par exemple, dans son cas, doit-il imputer le coût du décaissement au Passif, ou l’attribuer au projet architectural – c’est-à-dire au choix de gagner en hauteur sous plafond au rez-de-chaussée pour y aménager les pièces de vie ? Difficile à trancher, n’est-ce pas ? Et pour cause : par essence, les moyens mis en œuvre pour atteindre le confort passif ne peuvent être totalement dissociés du reste du projet.
Pour Brice, la maison de Savenay avait un autre avantage : conçue par un architecte dans les années 1950 sur une parcelle de 1 000 mètres carrés, elle était restée dans son jus. C’était une passoire thermique classée G au DPE qui n’avait fait l’objet d’aucune rénovation énergétique. Et l’ingénieur d’expliciter son point de vue : « Bien entendu, dès lors qu’on effectue correctement des travaux de rénovation énergétique, on va obtenir un gain de performance, ce qui a du sens. Mais ce qu’il faut avoir en tête, c’est que, quand on vise le Passif, on doit passer un cap : il faut mettre en œuvre du vitrage très performant, plus d’isolant, des pare-vapeur, traiter les ponts thermiques, etc. Bien souvent, les gens ne vont pas jusque-là. On doit alors détricoter tout ou partie de ce qui avait été fait pour viser plus haut, ce qui revient, en un sens, à gaspiller les ressources et l’argent précédemment utilisés. »
Mener une réflexion globale pour faire des économies
La situation évoquée par Brice rappelle l’importance de concevoir un projet de rénovation énergétique dans sa globalité dès le départ, quand bien même les travaux seraient réalisés par étapes. Faire les choses à moitié, pour ensuite revoir ses ambitions à la hausse, engrange quasi-systématiquement des frais supplémentaires. Aussi, avant de vous lancer dans un projet de rénovation énergétique, prenez bien le temps de vous renseigner, d’identifier vos besoins et vos envies, de rencontrer plusieurs professionnels. Ce n’est pas du temps perdu, mais de l’argent économisé.
Le Projet
Les conditions nécessaires pour briguer une certification EnerPHit étant réunies, le couple acquiert finalement la bâtisse. Avec l’appui de l’architecte John Debaize, architecte fondateur de l’agence Tektolab et collaborateur régulier de Brice, ils peaufinent leur projet et orchestrent l’ensemble des interventions à venir : le décaissement et l’isolation de la dalle ; l’isolation de l’enveloppe – rendue complexe notamment à cause de la présence d’un escalier extérieur en béton que les concepteurs ont choisi d’intégrer au volume chauffé – ; l’isolation des combles perdus, le traitement de ponts thermiques particulièrement sensibles – comme au niveau du balcon, conservé pour respecter le cachet de l’existant – ; l’étanchéité à l’air ; le remplacement des menuiseries simple et double vitrage par du triple ; l’installation d’une VMC double-flux et d’un ballon thermodynamique ; la pose de panneaux solaires… Sans compter les lots et opérations plus courants sur un projet de rénovation : plomberie, électricité, redistribution des espaces et des circulations, changement des équipements, notamment de la cuisine, nouvelles finitions, etc.
Coûts et efficacité énergétique
Au total, l’ensemble des travaux – parfaitement détaillé ici si vous souhaitez en apprendre plus –, aura coûté 310 000 euros TTC, soit 2 150 euros du mètre carré, hors prix d’achat. Un coût certes pas anodin, mais que le maître des lieux tient à remettre en perspective : « Il faut vraiment avoir en tête que cette maison était dans son jus. Il y avait de la vieille tapisserie partout, les sanitaires et la cuisine étaient décrépits, la couverture en ardoise était en fin de vie, les installations électriques et la plomberie étaient obsolètes voire dangereuses… Bref, les aménagements et prestations n’étaient pas envisageables pour notre époque. Beaucoup de travaux ont donc été faits pour des questions d’usage ou de maintenance non réalisée depuis plusieurs années, plus que pour des raisons énergétiques. » Sans compter que Brice et sa famille bénéficient aujourd’hui d’un confort thermique inégalé, lequel s’accompagne d’économies significatives sur les factures d’électricité. « En 2024, je suis à 1 274 euros (tout compris, incluant la fourniture d’énergie et les diverses taxes) de consommation énergétique réelle pour l’année entière. Et encore, c’est sans prendre en compte la revente de l’électricité produite par le photovoltaïque : au bout du compte, nous n’avons payé, cette année-là, moins de 800 euros de factures d’électricité ».
Autre élément de satisfaction pour l’ingénieur : la fiabilité du PHPP, le logiciel de conception essentiel en Passif. Réputé pour sa capacité à calculer et prédire au plus juste les consommations futures réelles d’un bâtiment, il démontre une nouvelle fois avec ce projet sa puissance de calcul, comme le graphique ci-dessous. Ainsi, on remarque par exemple qu’en 2024, la famille Guenego a consommé 9% de moins que ce qu’avait anticipé le PHPP.
Des difficultés avec les aides de l’État
Selon Brice, là où le bât blesse côté budget, c’est sur la question des aides financières. « Je suis allé au bout des démarches de demande d’aides pour l’expérience, parce que cela m’intéressait d’y aller jusqu’au bout, mais c’était si laborieux et chronophage, c’était délirant ! » En effet, si MaPrimeRénov’ et la prime CEE lui ont permis de récupérer environ 20 000 euros d’aides, cela n’aura été qu’au prix d’une cinquantaine d’allers-retours avec chacun de ces dispositifs. « Ne serait-ce que dans la forme des dossiers demandés, on voit que ces aides ne sont pas conçues pour des projets ambitieux de rénovation énergétique globale. Dans le cas de MaPrimeRénov’, par exemple, le formulaire ne permet de renseigner au maximum que six gestes énergétiques. Nous en avions douze. Rien que cette anecdote en dit long sur les limites du dispositif. C’est d’autant plus dommage que le travail de justification de la performance du projet, nous l’avions déjà mené dans le cadre de la labellisation de la maison, avec une personne compétente. Pourquoi ne pas imaginer un système dans lequel l’obtention du label EnerPHit suffirait à justifier l’accès à ces aides ? Ce serait tellement plus simple, peut-être que cela donnerait envie aux maîtres d’ouvrage de sauter le pas de la certification ? »
FICHE TECHNIQUE
livraison décembre 2023 – localisation Savenay, Loire-Atlantique – label EnerPHit – surface de référence énergétique 145,8 m² – coût des travaux 310 000 euros TTC – besoins de chauffage 13,2 kWh/(m²a) – puissance de chauffe 13 W/m² – fréquence de surchauffe 8% – test d’infiltrométrie n50 = 0,55/h – consommation d’énergie primaire 91 kWh/(m²a) – consommation d’énergie primaire renouvelable 45 kWh/(m²a) – production d’énergie renouvelable 52 kWh/(m²a) – rendement VMC double-flux 78% – châssis triple vitrage Uw = 0,9 W/(m²K) – murs extérieurs ITE (LDR TH35 + textile recyclé TH37). U = 0,164W/(m².K). ITE paille (TH52 + textile recyclé TH37). U = 0,196W/(m².K). Ossature bois chanvre lin coton TH38. U = 0,182W/(m².K). – dalle décaissement et isolant sous dalle PU TH22. U = 0,202 W/(m².K) – toiture combles perdus : ouate de cellulose. U = 0,1W/(m².K). toiture terrasse : textile recyclé TH37 et PU TH22. U = 0,134 W/(m².K).


