Jeudi 18 septembre dernier, Jean-Luc Delpont (HELIASOL), Dominique Molard (Archipente), Stéphen Mure (Stéphen Mure Architecte) et Julien Rivat (Atelier d’Architecture RIVAT) étaient réunis au campus Saint-Michel Éducation à l’occasion d’une table ronde sur le thème « Le Passif et l’architecture qui prend soin », organisée dans le cadre de notre événement Passi’nergie – Strasbourg.
Animée par Victor Hoppe (responsable technique à La Maison du Passif), cette table ronde a été enrichie par plusieurs témoignages d’usagers de bâtiments passifs de typologies variées (maison individuelle, centre de dialyse, collège). Parmi eux :
- Madame Geneviève Mandon, directrice de l’établissement Saint-Michel Éducation
- Madame Jocelyne Rey, cadre technique pilote de la démarche Développement durable chez ARTIC 42
- Anne et Mathilde, propriétaires de maisons passives
- Des étudiants du collège passif du campus Saint-Michel Éducation
Le confort thermique, ou comment prendre soin des usagers
Pour débuter, les intervenants ont rappelé les excellentes performances du standard passif en matière de confort d’hiver comme d’été. Jocelyne Rey a notamment présenté les résultats d’une enquête menée d’octobre à décembre 2021 auprès de 100 patients du centre de dialyse passif de Saint-Priest-en-Jarez, dans la Loire :
« Nous avons eu 80 % des patients qui ont estimé être dans des conditions thermiques très confortables. Nous étions très contents de ces résultats. »
D’autres témoignages sont venus confirmer l’efficacité du passif, notamment pour le confort d’été.
Anne, propriétaire d’une maison passive à Saint-Étienne, explique :
« Cet été, nous avons eu des pics à 26, 27 °C au maximum de la chaleur de la journée. Mais c’était une année particulière, je pense que c’est l’année où il a fait le plus chaud dans la maison à cause de la canicule : si vous m’aviez interrogée l’année dernière, je vous aurais dit que nous n’avons jamais eu chaud en 8 ans. »
Même constat pour Mathilde, qui habite également dans la Loire :
« Après deux ans et demi de recul, on peut affirmer qu’on est bien dans notre maison, été comme hiver. »
L’appropriation, un enjeu crucial pour les bâtiments passifs
Dominique Molard, architecte fondateur d’Archipente, rappelle cependant que ces performances ne peuvent être atteintes qu’à condition que les usagers s’approprient le bâtiment, ce qui peut être plus difficile lorsqu’ils n’en sont pas « maîtres » (locataires, salariés…). Pour assurer le confort d’été, il est par exemple essentiel de bien utiliser les protections solaires extérieures en journée (abaisser les volets roulants ou brise-soleil orientables) et de surventiler la nuit pour évacuer la chaleur accumulée.
Tout en reconnaissant qu’un bâtiment passif nécessite parfois un accompagnement, voire une formation pour « tirer parti de son plein potentiel », les intervenants ont souligné que des alternatives existent, comme l’automatisation, ajustée au degré d’implication des usagers :
- peu ou pas d’automatisation dans une maison individuelle ;
- un peu plus dans des logements collectifs ;
davantage dans un bâtiment tertiaire.
Air pur et confort acoustique
La discussion a également porté sur d’autres atouts du Passif : qualité de l’air intérieur et acoustique. Geneviève Mandon, directrice de Saint-Michel Éducation, témoigne :
« Les profs trouvent que c’est super d’enseigner dans ces classes. Les élèves aussi – ils trouvent que ces classes ont des vertus extraordinaires parce qu’ils ne s’endorment pas ! La qualité de l’air est extrêmement importante : dans certaines classes non rénovées en passif, au bout d’une demi-heure, l’air est absolument irrespirable, on ne peut plus travailler. Ici, on a la chance d’avoir un air parfaitement pur et c’est extrêmement important. »
Elle ajoute que le silence règne dans son bureau, bien qu’il donne sur la cour de récréation des écoliers. Une efficacité également constatée par Jocelyne Rey, dont le centre de dialyse est pourtant situé face à un rond-point très fréquenté.
Prendre soin de l’environnement, aussi ?
Les intervenants ont aussi insisté sur la capacité du Passif à prendre soin de l’environnement. Puisqu’un bâtiment passif consomme très peu d’énergie pour fonctionner, son bilan carbone est largement atténué. De plus, par cohérence, il est souvent construit à partir de matériaux biosourcés, comme le rappelle Jean-Luc Delpont.
À titre d’exemple, Jocelyne Rey a comparé la consommation énergétique totale de deux centres de dialyse de taille et d’usage comparables, situés à quelques kilomètres l’un de l’autre, donc dans les mêmes conditions climatiques. Seule différence : l’un est passif, l’autre non.
« Sur l’année 2020, on a observé que nous avions consommé 72 % d’énergie de moins dans le bâtiment passif que dans l’autre. Donc ça fonctionne ! »
Prendre soin au-delà du confort
En conclusion, Stéphen Mure et Jean-Luc Delpont rappellent que les bâtiments passifs vont bien plus loin que le simple confort. Ils témoignent d’une attention portée à différents niveaux :
- conçus par des architectes, ils offrent des qualités spatiales favorisant le bien-être ;
- élaborés grâce au logiciel de conception PHPP, qui permet d’utiliser la bonne quantité de matériau au bon endroit, ils incarnent une véritable sobriété en ressources ;
- porteurs de réflexions et transmis aux jeunes générations, ils participent à prendre soin de notre société ;
- associés à des dispositifs simples et intelligents, comme des gîtes à chauves-souris, ils contribuent aussi à préserver la biodiversité.


