Immeuble de logements sociaux à Grenoble : quand le Passif réduit les charges à un euro par m² par mois

C'est à Grenoble, dans l'écoquartier Flaubert, qu'ASP Architecture, l'Atelier 17C-Architectes et le bureau d'études Terranergie ont livré pour le bailleur Actis un immeuble de 56 logements sociaux aux performances exceptionnelles : 12,10 euros par m² et par an de charges en 2023, soit à peine plus d'un euro par m² et par mois. Labellisé « Bâtiment Passif », le Haut-Bois est également, du haut de ses deux blocs distincts élevés en R+8 et R+5, le plus haut projet en bois de France construit en zone sismique.

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© Iris Rodet
Contexte et programme

Comme souvent, l’histoire du Haut-Bois tient à un échange, une visite, une rencontre. « Il y a un peu plus de 10 ans, nous avons livré un projet passif de 26 logements en bois-paille dans les Vosges, se souvient Antoine Pagnoux, architecte de l’agence ASP Architecture. Pendant le chantier, une délégation grenobloise, dont faisait partie Pierre Payrard, Directeur du Développement et du Patrimoine chez Actis, est venue visiter l’opération. Deux ans plus tard, le bailleur social publiait un appel d’offres pour la construction d’un immeuble en R+8 dans le quartier Flaubert, en bois et passif. En lisant le pré-programme, on a tout de suite su que c’était du sérieux ; il était par exemple question de VMC double-flux », ajoute le concepteur.

« Le seul moyen de faire un bâtiment performant, c’est
la méthode Passivhaus. »

© Iris Rodet

Vincent Pierré, du bureau d’études Terranergie, suggère alors aux équipes d’ASP Architecture et de l’Atelier 17C-Architectes de collaborer pour répondre à cet appel : les premiers ont une solide expérience du Passif quand les seconds sont installés à Grenoble et spécialisés dans les chantiers atypiques, notamment les refuges en haute montagne.

L’équipe montée, il restait à composer avec le site. « Le plan de la ZAC était assez obsolète, sans véritable approche bioclimatique, se souvient Antoine Pagnoux. Le volume imposé était très dur : on aurait dit deux bâtiments accolés, avec deux cages d’escaliers, deux ascenseurs… Une sorte de botte de ski orientée est-ouest, avec peu de façades au sud ! Ce n’était pas idéal. Heureusement, la taille du programme, qui offrait une certaine compacité, ainsi que le climat de Grenoble ont permis de compenser l’absence d’une conception bioclimatique très appuyée. » 

© Iris Rodet

« Il apparaissait nettement que sur 50 ans, ce bâtiment coûterait beaucoup moins cher qu’un projet respectant seulement la réglementation en vigueur. »

Investir pour et sur le long terme

Face à ces contraintes, la réponse proposée par ASP Architecture et l’Atelier 17C-Architectes pour les logements sociaux fait mouche. Remarquable par son parti pris de diviser le gabarit imposé en deux volumes reliés par une circulation centrale, elle l’emporte sur celle des autres équipes en lice. Mais c’est aussi l’autre argument des architectes qui convainc : la rentabilité du projet à long terme, du fait de sa qualité et de sa durée de vie. Ainsi, d’après les chiffres communiqués par le bailleur, le Haut-Bois affiche un prix de revient d’environ 11 millions d’euros TTC (dont 6 millions HT de travaux), soit environ 196 000 euros par logement. Un montant qui témoigne de l’ambition du projet, porté par un montage financier complexe mobilisant acteurs publics et privés.

Malgré le montant des subventions publiques, les emprunts, contractés auprès de la Caisse des Dépôts et du collecteur Action Logement, constituent l’essentiel du financement avec près de 47 % du budget total (5,13 millions d’euros). Le tout est complété par le bailleur social lui-même. Un pari assumé sur la performance à long terme. « On a clairement expliqué qu’on serait un peu plus cher avec le Haut-Bois qu’avec un bâtiment plus classique. Mais nos ambitions en termes de pérennité étaient telles qu’en faisant le calcul, il apparaissait nettement que sur 50 ans, ce bâtiment coûterait beaucoup moins cher qu’un projet respectant seulement la réglementation en vigueur à l’époque, c’est-à-dire la RT2012 », explicite Jacques Félix-Faure.

« Le Passif est un levier qui permet aux gens de mieux vivre. »

© Iris Rodet
Quand le Passif devient un levier social

Avec ce projet, le bailleur Actis avait l’ambition « d’imaginer le bâtiment de 2030 ». Et pour Jacques Félix-Faure, de l’Atelier 17C-Architectes, le caractère novateur du projet dépasse de loin les seules considérations énergétiques. « Pourquoi fait-on du Passif ?, interroge-t-il. Avant tout, pour les personnes aux revenus les plus faibles. Dans le Haut-Bois, les locataires paient en moyenne 30 euros de charges par mois, tout compris. C’est essentiel pour ceux qui peinent à boucler leurs fins de mois. Selon moi, le Passif est un levier social qui permet de mieux vivre. Ce projet est avant tout une œuvre sociale », insiste l’architecte. Ce qui, évidemment, représente également un avantage pour le bailleur social : « Quand un locataire n’a plus le choix, quand il doit choisir entre payer son loyer ou payer son énergie, il n’hésite pas : s’il ne paie pas des factures d’énergie, on lui coupe, alors que le loyer, il peut attendre. Indirectement, des charges importantes génèrent des loyers impayés et donc des frais chez le bailleur », rappelle Antoine Pagnoux.

© Iris Rodet

« Dans le Haut-Bois, les locataires paient en moyenne 30 euros de charges par mois, tout compris. »

Des bénéfices qui dépassent la facture énergétique

Au-delà de ces considérations économiques directes, le Haut-Bois propose aussi un cadre propice au bien-être, et pas seulement grâce au confort et à la qualité de vie inhérents au Passif. « C’est un bâtiment qui répond à son environnement. Grenoble est une cuvette. C’est très plat, on y voit finalement peu les sommets environnants. Nous avons donc conçu la cage d’escalier comme un belvédère. C’est une façon de redonner les montagnes aux habitants », surenchérit Jacques Félix-Faure.

Un parti pris architectural qui génère des économies inattendues. Non chauffée, cette cage d’escalier ouverte sur la ville incarne d’abord la frugalité énergétique. Mais elle produit aussi d’autres effets vertueux. « Selon Actis, les habitants du Haut-Bois utilisent l’ascenseur environ 30 % de moins que leurs autres locataires. C’est donc qu’ils apprécient prendre les escaliers, ce qui est un réel bénéfice pour leur condition physique », se félicite l’architecte. Vertueux jusque dans sa construction, le Haut-Bois a aussi marqué les acteurs impliqués. « Tous étaient fiers d’apporter leur contribution sur un projet qui permet d’améliorer le quotidien des gens. On peut dire du Passif qu’il est un standard qui nous élève… »

« Nous avons choisi de protéger le bois, ne le laissant visible que là où il est à l’abri des intempéries, comme au niveau des balcons »

© Iris Rodet
Des choix techniques au service de la performance

Ces résultats exceptionnels reposent sur des choix techniques ambitieux. Salué par la mention « Tour de force » attribuée par le Jury des Trophées du Bâtiment Passif 2024, le Haut-Bois est une réalisation exemplaire tant du point de vue de la performance énergétique que de sa conception mobilisant une large part de matériaux biosourcés. Le projet se compose en effet de deux blocs en bois lamellé croisé (CLT) entre lesquels s’élève une rue verticale en béton (aussi envisagée comme « un tenon » ou encore « une faille » par les architectes) abritant les communs. Les façades rapportées sont en bois. « Le bois était une demande de la maîtrise d’ouvrage. Notre proposition privilégie le CLT pour des raisons structurelles, car il présente une très bonne résistance sismique », précise Antoine Pagnoux. Autres avantages du CLT : sa légèreté, qui a ici permis de se contenter de fondations en béton peu profondes (1,80 m) ; la préfabrication, grâce à laquelle le chantier n’a duré que 16 mois ; son étanchéité à l’air enfin, le CLT permettant d’atteindre assez facilement les critères Passivhaus. Au total, ce sont environ 1 500 m³ de bois qui sont mis en œuvre sur le projet. Et pourtant, ce matériau reste relativement discret. « Nous avons choisi de le protéger, ne le laissant visible que là où il est à l’abri des intempéries, comme au niveau des balcons », argumentent les architectes Antoine Pagnoux et Jacques Félix-Faure. Une approche qui s’inscrit dans un souci de pérennité, dont témoigne également le choix de proposer deux vraies toitures couvertes – contrairement à ce que l’on peut voir sur les premières perspectives –, fait assez rare à Grenoble où dominent les toitures-terrasses…

FICHE TECHNIQUE
livraison 2022 – localisation Grenoble, Isère – label Bâtiment Passif Classique – surfaces de référence énergétique 1 611,5 et 2 369,6 m² – coût des travaux 6 046 266 euros HT – besoins de chauffage 5 kWh/(m²a) – puissance de chauffe 7 W/m² – fréquence de surchauffe 5,5% – test d’infiltrométrie n50 = 0,3/h – consommation d’énergie primaire 93 kWh/(m²a) – consommation d’énergie primaire renouvelable 66 kWh/(m²a) – rendement VMC double-flux 84% – châssis triple vitrage Uw = 0,71 W/(m²K) – murs extérieurs structure bois et ouate de cellulose. U = 0,170 W/(m²K) – dalle béton et polyuréthane. U = 0,106 W/(m²K) – toiture structure bois, et ouate de cellulose. U = 0,093 W/(m²K)

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À l’aube de la transition énergétique, la certification Bâtiment Passif a évolué pour accueillir deux nouvelles catégories, Plus et Premium, axées sur l’utilisation des énergies renouvelables. Elles valorisent les constructions ayant fait le choix d’être productrices d’énergie.

Valoriser l'utilisation des énergies renouvelables

Dans la catégorie « Bâtiment Passif Plus », le bâtiment devra générer au moins 60 kWh/(m²a) d’énergie par rapport à l’emprise au sol du bâtiment.

Il devra également justifier du respect des 4 critères de base du passif :

  • Un besoin de chauffage inférieur à 15 kWh d’énergie utile par m² de surface de référence énergétique et par an
  • Une consommation totale en énergie primaire (tous usages, électroménager inclus) inférieure à 120 kWh par m² de surface de référence énergétique par an
  • Une perméabilité à l’air de l’enveloppe mesurée sous 50 Pascals de différence de pression inférieure ou égale à 0,6 par heure
  • Une fréquence de surchauffe intérieure (> à 25°C) inférieure à 10 % des heures de l’année.