En périphérie de Tours (37), Céline Delarue, fondatrice de l’agence Adhoc Wood, signe la conception d’un projet singulier : une maison passive PMR de près de 150 mètres carrés, en structure bois, aux lignes géométriques assumées, parfaitement adaptée aux besoins d’une personne à mobilité réduite.
Un projet né de besoins… et d’envies
Tout commence lorsque Corine et Alain*, couple de retraités installés à Tours, décident de quitter leur maison à étage devenue totalement inadaptée au fil des ans, la maîtresse des lieux ayant perdu en mobilité. Ils recherchent alors un terrain constructible, pas trop éloigné, où ils pourraient bâtir une nouvelle habitation de plain-pied ou, a minima, avec un rez-de-chaussée entièrement PMR (Personnes à Mobilité Réduite). En parallèle, Alain découvre le standard passif par le biais d’un reportage à la télévision. Le concept lui plaît bien… Alors il s’informe, suit plusieurs formations en ligne et contacte même quelques professionnels du secteur, parmi lesquels Céline Delarue, titulaire du diplôme de « Conseiller Européen Bâtiment Passif » mais qui, à l’époque, n’a jamais livré de maison passive certifiée.
« Mon futur client est revenu me voir, déçu, avec sous le bras les plans que lui avaient fournis les pavillonneurs. »
S’entourer de professionnels compétents
Sa lanterne désormais éclairée, Alain sollicite plusieurs concepteurs, principalement des constructeurs de maisons individuelles ; malheureusement, il se rend vite compte qu’il en sait plus que ses interlocuteurs, aussi peu versés dans la conception de projets PMR que passifs… C’est alors qu’il retourne frapper à la porte de Céline Delarue. « Il est revenu me voir, déçu, avec sous le bras les plans que lui avaient fournis les pavillonneurs. Moi qui suis labellisée Handibat [Handibat est une marque CAPEB devenue une référence dans le secteur du bâtiment en matière d’accessibilité pour les PMR et personnes handicapées, ndlr] j’ai été plus que circonspecte. C’était à se demander s’ils avaient ne serait-ce qu’écouté son cahier des charges… » déplore la maître d’œuvre.
« J’ai été plus que circonspecte. C’était à se demander si les pavillonneurs avaient ne serait-ce qu’écouté son cahier des charges. »
Être passif dès le choix du terrain
Et si, finalement, la conceptrice de leur future maison n’était pas juste sous leur nez depuis le début ? Après que Céline leur a transmis moult conseils sur le choix du terrain, comme faire attention à l’exposition, aux masques solaires, naturels ou non, Alain et Corine lui proposent de les accompagner dans leur aventure, à commencer par le choix du terrain. « Nous avons jeté notre dévolu sur une parcelle de 521 mètres carrés dans une Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) de la commune de Ballan-Miré, à quelques minutes de Tours. D’une part parce que les terrains se font rares, que la commune est bien située et que le règlement de la ZAC parlait notamment de bioclimatisme et de matériaux biosourcés. J’étais à 100 % en phase avec l’architecte qui l’avait rédigé ! D’autre part, parce que le règlement du lotissement nous autorisait, sur notre parcelle en angle, à ne pas construire parallèlement à la voirie », un atout non négligeable dans la perspective d’une conception bioclimatique. Malgré cela, la fondatrice de l’agence Adhoc Wood n’a pas tout à fait les mains libres pour implanter son projet, le lotisseur ayant imposé la position du garage au sud-ouest. Et impossible de le déplacer au nord, malgré les négociations, en raison de la présence d’un transformateur électrique à cet endroit…
« Nous avons jeté notre dévolu sur une parcelle de 521 mètres carrés dans une ZAC à quelques minutes de Tours. »
Un plan au service de ses occupants
La forme et l’implantation de la maison découlent de ces contraintes réglementaires et de l’habileté de Céline à les conjuguer avec les principes bioclimatiques ainsi qu’avec le cahier des charges des maîtres d’ouvrage. Elle imagine ainsi une enveloppe sculpturale avec une pointe de pignon, généreusement ouverte au sud malgré la présence du garage (non chauffé). À l’intérieur, deux niveaux pour accueillir en tout : un séjour, une cuisine avec cellier (dans lequel se trouve la VMC double-flux, une Zehnder Q350), deux salles de bains, un bureau, et quatre chambres dont trois à l’étage pour les enfants et petits-enfants. Le rez-de-chaussée est quant à lui entièrement PMR – avec notamment des espaces de manœuvre pour fauteuil roulant dans l’entrée et dans la salle de bains. « J’ai suggéré à ma cliente de faire valider le plan par son ergothérapeute qui n’a rien trouvé à redire sur notre proposition », se félicite la maître d’œuvre. Et d’ajouter : « la notion de PMR n’a pas eu d’incidence thermique sur le projet. En revanche, la surface souhaitée au rez-de-chaussée m’a conduite à créer un large vide sur séjour pour ne pas dépasser les 150 mètres carrés de surface plancher imposés par le règlement de la ZAC sur cette parcelle. S’il est esthétique, ce vide a tout de même pour sa part un impact négatif sur le plan thermique. »
« J’ai suggéré à ma cliente de faire valider le plan par son ergothérapeute qui n’a rien trouvé à redire sur notre proposition. »
Une enveloppe bien isolée et écologique
Sur le plan thermique justement, Céline Delarue conçoit une enveloppe qui conjugue performance et matériaux biosourcés. « Mon agence s’appelle Adhoc Wood, pas Adhoc Parpaings », plaisante-t-elle. L’ensemble repose sur une ossature bois de 240 mm, remplie de ouate de cellulose, aussi bien en murs qu’en toiture. Pour les murs extérieurs, l’ossature est fermée côté extérieur par un pare-pluie en fibre de bois rigide de 35 mm, situé sous le bardage. Côté intérieur, elle est contreventée par un panneau faisant aussi office de frein-vapeur, doublé d’un complément d’isolation en laine de verre. En toiture, la même logique est appliquée : ossature bois et ouate de cellulose, fermées à l’extérieur par une fibre de bois rigide de 35 mm sous ardoises, et à l’intérieur par une membrane d’étanchéité à l’air frein-vapeur, renforcée par une couche supplémentaire de laine de verre. La dalle repose sur un plancher poutrelles-hourdis fortement isolé. À l’intérieur, une chape en ciment supporte le carrelage. Quant aux menuiseries, « ce sont des modèles certifiés, en PVC plaxé et triple vitrage, équipés d’intercalaires de chez Swisspacer et qui ont un excellent rapport qualité-prix », précise Céline.
« Atteindre une excellente étanchéité n’est pas si difficile, mais cela exige une grande rigueur d’exécution et un vrai savoir-faire. »
Vigilance rouge sur l’étanchéité à l’air
« L’étanchéité à l’air étant un sujet qui m’inquiétait beaucoup, nous l’avons traitée en mode ceinture et bretelles, sourit Céline Delarue. Ma crainte était que les lots intérieurs viennent détériorer l’étanchéité réalisée par le lot ossature bois, déjà validée par le test intermédiaire. En soi, atteindre une excellente étanchéité n’est pas si difficile, mais cela exige une grande rigueur d’exécution et un vrai savoir-faire. » Sur ce projet, les artisans ont donc redoublé de vigilance sous l’œil attentif de leur maître d’œuvre, que ce soit au niveau des menuiseries – traitées avec un joint compribande en tableau, complété par une membrane d’étanchéité intérieure et une membrane extérieure –, ou au niveau de la jonction entre les murs et le plancher béton, traitée à l’aide d’une membrane d’arase et de raccords de membranes supplémentaires. Toutes ces précautions n’auront pas été vaines : après un excellent résultat pour le test intermédiaire (n50 = 0,24/h), le test final révèle un n50 = 0,48/h. Une dégradation due en particulier au ballon d’eau chaude thermodynamique équipé d’une ventouse murale moins étanche que prévue, mais largement compensée par le zèle de Céline et son équipe.
« Dans notre maison précédente, on se chauffait au gaz ; cela représente 1 800 euros d’économie par an. »
Une labellisation en plus, des factures en moins !
Finalement, Corine et Alain emménagent dans leur maison en décembre 2022, après 10 mois de chantier. Ils recevront quelque temps plus tard le livret de labellisation dans leur boîte aux lettres. « À l’origine, mes clients n’avaient pas forcément prévu d’aller jusqu’à la labellisation. J’ai insisté, parce que je voulais qu’ils aient une preuve objective et extérieure du niveau de qualité de leur maison. La confiance n’empêche pas le contrôle », souligne Céline Delarue. Quant à ses clients, ils ne regrettent rien. « L’hiver, la température intérieure descend au plus bas à 18,5°C. Avant, dans notre maison précédente, on se chauffait au gaz ; cela représente 1 800 euros par an que je n’ai plus à payer. Et puis on se sent bien dans notre nouveau chez nous, c’est silencieux. Si c’était à refaire, je le referais », conclut Alain.
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’intimité des clients de Céline Delarue.
FICHE TECHNIQUE
livraison décembre 2022 – localisation Ballan-Miré, Indre-et-Loire – label Bâtiment Passif Classique – surface de référence énergétique 149 m² – coût des travaux NC – besoins de chauffage 9 kWh/(m²a) – puissance de chauffe 11 W/m² – fréquence de surchauffe NC – test d’infiltrométrie n50 = 0,48/h – consommation d’énergie primaire 111 kWh/(m²a) – consommation d’énergie primaire renouvelable 53 kWh/(m²a) – rendement VMC double-flux 91 % – châssis triple vitrage Uw = 0,98 W/(m²K) – murs extérieurs isolant laine de verre, panneau de contreventement, ossature bois 240 mm remplie de ouate de cellulose, pare-pluie de fibre rigide 35 mm, bardage. U = 0,112 W/(m²K) – dalle carrelage, chape ciment, plancher poutrelles, hourdis polystyrène. U = 0,186 W/(m²K) – toiture isolant laine de verre, frein-vapeur, membrane renforcée d’étanchéité à l’air, ossature bois 240 mm remplie de ouate de cellulose, pare-pluie de fibre rigide 35 mm, ardoise. U = 0,086 W/(m²K)


